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SUGGESTION ET AUTOSUGGESTION

D’après ce qui précède, nous pouvons assimiler l’imagination à un torrent qui entraîne fatalement le malheureux qui s’y est laissé tomber, malgré sa volonté de gagner la rive. Ce torrent semble indomptable; cependant si vous savez vous y prendre, le vous le détournerez de son cours, vous le conduirez à l’usine, et là vous transformerez sa force en mouvement, en chaleur, en électricité.

Si cette comparaison ne vous semble pas suffisante, nous assimilerons l’imagination (la folle du logis, comme on s’est plu à l’appeler) à un cheval sauvage qui n’a ni guides, ni rênes. Que peut faire le cavalier qui le monte, sinon se laisser aller où il plaît au cheval de le conduire ? Et, souvent alors, si ce dernier s’emporte, c’est dans le fossé que s’arrête sa course. Que le cavalier vienne à mettre des rênes à ce cheval, et les rôles sont changés. Ce n’est plus lui qui va où il veut, c’est le cavalier qui fait suivre au cheval la route qu’il désire.

Maintenant que nous nous sommes rendu compte de la force énorme de l’être inconscient ou imaginatif, je vais montrer que cet être, considéré comme indomptable, peut être aussi facilement dompté qu’un torrent ou un cheval sauvage.

Mais avant d’aller plus loin, il est nécessaire de définir soigneusement deux mots que l’on emploie souvent, sans qu’ils soient toujours bien compris. Ce sont les mots suggestion et autosuggestion.

Qu’est-ce donc que la suggestion ? On peut la définir « l’action d’imposer une idée au cerveau d’une personne ». Cette action existe- t-elle réellement ? À proprement parler, non. La suggestion n’existe pas en effet par elle-même; elle n’existe et ne peut exister qu’à la condition sine qua non de se transformer chez le sujet en autosuggestion. Et ce mot, nous définirons « l’implantation d’une idée en soi-même par soi-même ». Vous pouvez suggérer quelque chose à quelqu’un; si l’inconscient de ce dernier n’a pas accepté cette suggestion, s’il ne l’a pas digérée, pour ainsi dire, afin de la transformer en autosuggestion, elle ne produit aucun effet.

Il m’est arrivé quelquefois de suggérer une chose plus ou moins banale à des sujets très obéissants d’ordinaire, et de voir ma suggestion échouer. La raison en est que l’inconscient de ces sujets s’était refusé à l’accepter et ne l’avait pas transformée en autosuggestion.

L’ÊTRE CONSCIENT ET L’ÊTRE INCONSCIENT

Pour bien comprendre les phénomènes de la suggestion, ou pour parler plus justement, de l’autosuggestion, il est nécessaire de savoir qu’il existe en nous deux individus absolument distincts l’un de l’autre. Tous deux sont intelligents; mais, tandis que l’un est conscient, l’autre est inconscient. C’est la raison pour laquelle son existence passe généralement inaperçue.

Et cependant cette existence est facile à constater, pour peu qu’on se donne la peine d’examiner certains phénomènes et qu’on veuille bien y réfléchir quelques instants. En voici des exemples :

Tout le monde connaît le somnambulisme, tout le monde sait qu’un somnambule se lève la nuit, sans être éveillé, qu’il sort de sa chambre après s’être habillé ou non, qu’il descend des escaliers, traverse des corridors et que, après avoir exécuté certains actes ou accompli certain travail, il revient à sa chambre, se recouche, et montre le lendemain le plus grand étonnement en trouvant terminé un travail qu’il avait laissé inachevé la veille.

Cependant c’est lui qui l’a fait, bien qu’il n’en sache rien. À quelle force son corps a-t-il obéi, si ce n’est à une force inconsciente, à son être inconscient ?
Considérons maintenant, si vous le voulez bien, le cas trop fréquent, hélas ! d’un alcoolique atteint de delirium tremens. Comme pris d’un accès de démence, il s’empare d’une arme quelconque, couteau, marteau, hachette, et frappe, frappe furieusement ceux qui ont le malheur d’être dans son voisinage. Quand, l’accès terminé, l’homme recouvre ses sens, il contemple avec horreur la scène de carnage qui s’offre à sa vue, ignorant que c’est lui-même qui en est l’auteur. Ici encore, n’est-ce pas l’inconscient qui a conduit ce malheureux ?

Si nous comparons l’être conscient à l’être inconscient, nous constatons que, tandis que le conscient est doué souvent d’une mémoire très infidèle, l’inconscient, au contraire, est pourvu d’une mémoire merveilleuse, impeccable, qui enregistre, à notre insu, les moindres événements, les moindres faits de notre existence. De plus, il est crédule et accepte, sans raisonner, ce qu’on lui dit. Et, comme c’est lui qui préside au fonctionnement de tous nos organes par l’intermédiaire du cerveau, il se produit ce fait, qui vous semble plutôt paradoxal, que s’il croit que tel ou tel organe fonctionne bien ou mal, que nous ressentons telle ou telle impression, cet organe, en effet, fonctionne bien ou mal, ou bien nous ressentons telle ou telle impression.

Non seulement l’inconscient préside aux fonctions de notre organisme, mais il préside aussi à l’accomplissement de toutes nos actions, quelles qu’elles soient.

C’est lui que nous appelons imagination et qui, contrairement à ce qui est admis, nous fait toujours agir, même et surtout contre notre volonté, lorsqu’il y a antagonisme entre ces deux forces.

Introduction à l’autosuggestion

La suggestion ou plutôt l’autosuggestion est un sujet tout à fait nouveau, en même temps qu’il est aussi vieux que le monde.

Il est nouveau en ce sens que, jusqu’à présent, il a été mal étudié et, par conséquent, mal connu; il est ancien parce qu’il date de l’apparition de l’homme sur la terre. En effet, l’autosuggestion est un instrument que nous possédons en naissant et cet instrument, ou mieux cette force, est doué d’une puissance inouïe, incalculable, qui, suivant les circonstances, produit les meilleurs ou les plus mauvais effets. La connaissance de cette force est utile à chacun de nous, mais elle est plus particulièrement indispensable aux médecins, aux magistrats, aux avocats, aux éducateurs de la jeunesse.

Lorsqu’on sait la mettre en pratique d’une façon consciente, on évite d’abord de provoquer chez les autres des autosuggestions mauvaises dont les conséquences peuvent être désastreuses, et ensuite l’on en provoque consciemment de bonnes qui ramènent la santé physique chez les malades, la santé morale chez les névrosés, les dévoyés, victimes inconscientes d’autosuggestions antérieures, et aiguillent dans la bonne voie des esprits qui avaient tendance à s’engager dans la mauvaise.